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SMS bannis sur l’ensemble du territoire, une mesure de sécurité?

December 27th, 2011 |

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Photo ©Mélanie Gouby

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Impossible d’envoyer ou de recevoir un texto en RDC. Dans le contexte des élections, les autorités ont fait suspendre les services de messages courts par téléphone. Sécurité ou censure ?

« On ne peut tout simplement plus communiquer par écrit », déplore Olivier Akili Mali, un habitant de Goma habitué des SMS (Short Message Service), ces textes courts envoyés via téléphone portable.

Ils ont été interdits sur tout le territoire de la République Démocratique du Congo le 3 décembre 2011, soit juste avant la publication des résultats des élections présidentielle et législatives du 28 novembre.

Dès le lendemain, les organisation de défense des droits de l’homme Civis Congo et CREDDHO dénoncaient cette mesure en la qualifiant d’aussi inutile qu’arbitraire.

Elle constitue, selon elles, une grave entorse aux libertés individuelles consacrées par la Constitution congolaise et par de nombreux instruments juridiques internationaux ratifiés par la RDC, dont la Déclaration universelle des Droits de l’Homme (article 19.2) et le Pacte international relatif aux Droits civils et politiques.

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Le gouvernement a justifié la décision d’Adolphe Lumanu, vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, par des motifs d’ordre sécuritaire à l’issue d’un processus électoral mouvementé, qui a abouti à une réélection de Joseph Kabila contestée par l’opposition.

Cette mesure sanctionnerait la circulation massive, le jour du scrutin, d’un SMS insinuant que « les stylos utilisés par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) ne sont pas de bonne qualité et peuvent s’effacer après un certain temps. »

Info ou intox ? Ce jour-là, de nombreux Congolais seraient en tout cas rentrés chez eux pour chercher leur propre stylo avant de procéder au vote.

Alors, depuis un mois, les commentateurs multiplient les tribunes pour défendre l’idée selon laquelle, en cette période postélectorale tendue, l’interdiction des textos constitue une entorse à la sécurité et un obstacle à la liberté des citoyens.

Censure ? Innocent Matumona, un électeur du Nord-Kivu, est de cet avis : « Comme les appels sont facturés à la minute, ils coûtent très cher, alors on communique plutôt par SMS. Nous empêcher d’échanger de cette façon revient à nous priver de communication. Bannir les textos est une atteinte à la liberté d’expression. »

Me Alain Lushule, avocat à Goma, plaide que le ministre a la compétence pour prendre une décision liée à la sécurité de l’État, tout en rappelant que la Constitution garantit aussi la liberté d’expression. Il relativise : « Tous les Congolais ne passent pas leur temps à faire de la politique ou à envoyer des messages visant à troubler la sécurité nationale. »

Rappelant que ce système d’échanges est un support privilégié par une population au faible pouvoir d’achat, les ONG (Organisations Non Gouvernementales) insistent sur le fait que des millions de Congolais l’utilisent en toutes circonstances : communications familiales, d’affaires, etc.

Sans parler du manque à gagner pour les opérateurs de téléphonie, qui comptent parmi les plus grands employeurs et pourvoyeurs de revenus pour l’État et les ménages congolais.

Au moment où le pays poursuit sa route vers la démocratie, la confiscation par l’État d’un moyen de communication important prive-t-elle les citoyens de leur droit à la liberté d’expression ? Bien malin qui parviendra répondre à cette question. Surtout par SMS.