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L’espoir renaît chez les conducteurs

January 23rd, 2013 |

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Des travaux au centre ville devraient améliorer les conditions de circulation à Goma. Un effort attendu par les conducteurs, dont la santé est affectée par le mauvais état des routes.

« Les travaux de construction de la route, de l’axe Rond-point Signers jusqu’à l’entrée du musée ont démarré avant-hier », s’est félicité le gouverneur du Nord-Kivu Julien Paluku sur Radio Okapi début novembre 2012.

Voilà qui devrait réjouir les habitants de Goma exposés à des maladies telles que la grippe et l’arthrose lombaire, surtout les conducteurs.

« On constate une augmentation des cas d’arthrose lombaire, une maladie qui touche l’articulation interne de la colonne vertébrale, et ce particulièrement chez les hommes conduisant une moto ou un véhicule » observe le docteur Martin Namuninga du centre hospitalier Docs situé dans le quartier Kyshero.

Les conducteurs sont ceux qui «  souffrent le plus » de douleurs lombaires et de douleurs pelviennes, au niveau du dos et de la hanche, explique une infirmière du centre de santé Murara, dans le quartier office2, qui a souhaité témoigner sans donner son nom.

Parmi eux, les taxi-motos sont les plus vulnérables. « J’ai souvent mal à la poitrine et au dos, et ma grippe ne se termine jamais » explique Bertin Mitsima, motard depuis quatre ans. La grippe est causée par l’accumulation de poussière qui se dégage des axes mal ou non bitumés.

« Depuis 2010, j’ai consulté plusieurs fois, mais je souffre toujours. Les médecins de l’hôpital Docs m’ont dit que c’était à cause de mon métier et surtout du mauvais état de la route. Je suis obligé de vivre avec » se résigne Bertin Mitsima.

Les motards cumulent les problèmes de santé, ce qui coûte cher. « Depuis deux ans, j’ai des douleurs et une grippe permanente » explique Allain Mapendo, 32 ans, taxi-moto depuis dix ans. Allain n’a pas les moyens de se soigner car il ne gagne pas plus de cinq dollars par jour.

« Je me contente de massages chaque soir afin de ne pas gaspiller mon argent à la pharmacie » explique le motard. Le docteur Martin Namuninga assure que les mauvaises conditions de circulation routière contribuent au développement des maladies respiratoires.

« Le nombre des patients souffrant des syndromes grippaux a augmenté depuis deux ans. Chaque jour sur dix personnes, trois à quatre viennent pour des maladies grippales » selon le docteur Namuninga.

C’est sur les artères principales, où se cumulent les saletés, que l’exposition est la plus forte. Une autre catégorie très exposée est celle des femmes enceintes.

« Nous constatons de nombreuses fausses couches au cours des quatre premiers mois de grossesse » remarque l’infirmière. Une observation confirmée par le docteur Martin Namuninga, qui remarque ce problème surtout chez les femmes se déplaçant à moto.  

Ces effets dramatiques du mauvais état des routes ne peuvent se résorber qu’au moyen de travaux améliorant la qualité de la chaussée. Or, ceux-ci ont longtemps tardé à démarrer.

Avant le projet de construction des routes qui a débuté en 2010 avec l’ancien maire Roger Rachid Tumbula, les itinéraires étaient tracés depuis longtemps. Sans en tenir compte, des habitants ont construit des maisons au bord de ces artères.

Leurs logements ont été démolis, ce qui a permis de dégager les routes mais a entraîné une accumulation de gravats et des mois de retard dans le travail de construction.

À ce jour, celui-ci reste inachevé. La poussière est devenue abondante et la pluie a creusé de nombreux trous, ce qui rend la circulation encore plus dangereuse.

D’autres routes construites dans les années 80 sous le règne de Mobutu (1965-1997) par l’ancien gouverneur Désiré Konde Vila Kikanda ont également vieilli. Par endroits, le goudron a laissé place au sable et à la pierre.

On essaie bien d’y verser du gravier de temps en temps, mais la pluie finit par le faire couler et par creuser la chaussée. Enfin, certains axes importants, comme celui qui relie le Rond point Rutshuru à Sake, requièrent une simple réhabilitation.

Au terme d’un lent et compliqué processus d’attribution des marchés, la société chinoise CRBC TRAMINCO s’occupe désormais de la réfection des routes, explique Jean-Paul Changwi, ingénieur chargé des infrastructures et des travaux publics.

« Les tronçons concernés sont ceux qui vont de Rond point Singers à Grande barrière, à l’entrée du musée, au marché Virunga et au Rond point Rutshuru, de ce rond point à l’aéroport, et de TMK à l’avenue du lac (quartier himbi) » détaille-t-il.

Le gouverneur Paluku a d’ailleurs précisé à la radio : « Le gouvernement provincial a passé un accord avec CRBC TRAMINCO pour réaliser ces travaux.

La somme prévue est de  500 100 000 $ (459 014 759 448.86 CDF) pour  construire une route de cinq kilomètres sur une largeur de quinze mètres ».

De quoi faire patienter les habitants qui s’inquiètent face à la déterioration de leur santé. Les pouvoirs publics semblent en effet débordés par l’ampleur de la tâche.

« Le gouvernement n’a prévu aucun budget pour gérer les conséquences liées à l’absence de construction des routes » dit le ministre provincial de la santé, Mutete Mundenga, plus enclin à s’attarder sur les projets que sur les conséquences de ce manque.

« Si les routes sont bien construites, il n’y aura pas de problème d’arthrose lombaire ou d’infections liées à la poussière. Il faut d’abord construire les routes, puis voir si ces maladies persistent » estime le ministre. Une patience que les conducteurs paient au prix fort.