Si la violence n’a pas explosé après l’élection présidentielle, ce serait grâce aux jeunes électeurs, d’après certains observateurs. Reste à savoir s’ils ont plutôt fait preuve de mesure, ou d’inertie.
Le fait que les résultats de l’élection présidentielle aient été contestés a suscité des tensions partout en République Démocratique du Congo (RDC).
Pourtant, lors de leur proclamation le 6 décembre, la jeunesse a fait preuve d’un certain calme qui trouverait son origine dans la mise en place de dispositifs de concertation.
Chaque Forum des jeunes pour les élections apaisées est un bureau de dix-huit jeunes dont six issus de la société civile, six des partis au pouvoir et six de l’opposition.
À Goma, des structures d’encadrement telles que le conseil provincial de la jeunesse se sont mobilisées pour limiter les risques d’embrasement en cette période délicate.
C’est ainsi qu’entre le vote et l’annonce des résultats, le campus universitaire du Lac a accueilli un large éventail d’étudiants venus échanger autour de l’issue du processus électoral.
Il a par exemple été question du comportement adopter pour que celle-ci se déroule sereinement. Pour clore leur rencontre, les jeunes se sont engagés à garder leur calme en signant la déclaration suivante : « J’accepte sportivement les resultats du scrutin du 28 novembre 2011. »
S’ils constituent près de 52% de la population de la République Démocratique du Congo, les jeunes restent au second plan dans les partis politiques.
Affectés à la protection des responsables, au service de la mobilisation ou de l’animation, ils sont aussi aux premiers rangs des manifestations, ce qui fait souvent d’eux les premières victimes quand la police tire sur la foule.
Pour Didier Mbuyi, président du Parti progressiste pour l’Intégration de la Jeunesse Montante (PIJM), le problème est d’ailleurs plus social que politique : « Les jeunes n’entrent pas dans les partis par idéologie, mais pour soutenir un chef. D’emblée, ils sont orientés vers les services de sécurité où ils sont drogués et incités à commettre des crimes. Or, parce qu’ils sont militants, les auteurs de ces violences ne sont pas inquiétés. Le gouvernement devrait remédier à ce problème en occupant les jeunes. Il faut créer des emplois pour ceux qui ont étudié et des centres d’apprentissage pour les autres. Désœuvrés, ils acceptent de faire n’importe quoi pour des miettes. »
On peut raisonnablement se demander si c’est parce qu’elle a déjà traversé une longue période de guerre que la jeunesse semble avoir choisi de ne plus s’emporter.
« En se retirant du théâtre de la violence, les jeunes d’ici ont prouvé leur maturité politique. C’est le fruit de notre travail » a fièrement déclaré Guy Kibira, président provincial de la jeunesse du Nord Kivu lors des résultats du scrutin.
Mais, si le représentant provincial des jeunes se félicite du travail ainsi accompli, d’autres membres de la société civile le déplorent. Chantal Mulengabiuma, coordinatrice provinciale du CIC (Congolese International Congress), regrette ce qu’elle considère comme de l’apathie : « Les résultats de notre province sont contestés, et il faudrait que l’on se contente de rester indifférent, sous prétexte d’éviter la violence ? »
Pour cette représentante d’association accompagnant les jeunes dans le parcours électoral, ne pas se battre ne veut pas dire rester les bras croisés : « La vraie non violence est représentée par ceux qui revendiquent officiellement les voix de leur candidat en déposant un recours auprès de la CENI [Commission électorale nationale indépendante]. »
Les messages incitant les jeunes au calme ont toutefois paru mieux fonctionner à Goma qu’à Kinshasa ou qu’à Lubumbashi, où la présidente du dispositif Georgette Mbuyu est pourtant convaincue de son efficacité en matière d’apaisement : « Le jour des élections dans certains quartiers, les heurts ont été mortels. Et les victimes étaient des jeunes. »
Elle raconte comment les comités se sont imposés : « Pensant qu’il valait mieux prévenir que guérir, nous sommes alors passés à la concertation.
Ici, le jour des résultats, s’il y a bien eu des contestations, il n’y a pas eu mort d’homme. C’est bien la preuve d’une prise de conscience. Nous, la relève, devons être une jeunesse responsable. »
Au cœur du fonctionnement des forums se trouve en effet la responsabilité des jeunes.
Joe Sanduku, Secrétaire national de la société civile* du Congo, est tout-à-fait de cet avis. « Privilégions le dialogue et, en cas de revendication, utilisons des mécanismes légaux au lieu de la violence. Une élection, ce n’est pas la guerre. Les jeunes doivent comprendre qu’adhérer à un parti politique ne les autorise pas à devenir fauteurs de troubles. Au contraire, nous voulons les voir élever le débat et participer à l’émergence de la démocratie dans notre pays. »