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Lente progression de la parité

October 25th, 2012 |

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Tandis que la loi condamne les discriminations envers les femmes, la tradition freine l’égalité entre hommes et femmes à domicile comme au travail.

La parité préside au fondement des politiques de lutte contre les inégalités entre hommes et femmes. Au nom de ce principe, la loi cherche à les réduire dans les domaines des salaires, de l’emploi, de l’éducation et de la représentation institutionnelle en Répubique Démocratique du Congo (RDC).

Selon l’article 14 de la constitution « Les pouvoirs publics veuillent à l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard de la femme et assurent la protection et la promotion de ses droits… Ils prennent des mesures pour lutter contre toute forme de violence faite à la femme dans la vie publique et dans la vie privée… »

En juillet 2012, les participants d’un atelier sur la promotion de la parité entre hommes et femmes en RDC organisé par la Division de genre, famille ont abouti à la conclusion que pour encourager cette parité, « la femme doit se démarquer dans ses actions. » Autrement dit, elle doit faire preuve d’excellence pour se hisser au niveau des hommes.

C’est ce qu’elles font déjà dans la sphère publique. Edoxy Nziavake s’est fait connaître lors de la marche mondiale de la femme de Bukavu en 2010. Marie Muhindo est chef du service commercial à la RTNC (Radio Télévision Nationale Congolaise) à Goma. Brigitte Maisafi s’engage dans le parti Mouvement social pour le renouveau (MSR).

En 2010, 11% des agents de l’État dans la province du Nord Kivu étaient des femmes, estime Kubuya Maene, chef de bureau à la division provinciale de la fonction publique du Nord Kivu. Une division de vingt-quatre femmes pour quarante-six hommes.

Mais loin des feux des projecteurs, dans sa vie quotidienne, la femme s’efface souvent devant l’homme. « Quand mon mari tonne sur moi, je lui donne toujours raison car je le considère comme mon père. Or, un parent ne réprimande pas son enfant s’il n’a pas commis de faute, » affirme Rite Masika, une femme sans profession de vingt-six ans, mère de deux enfants, qui vit au quartier Murara Office I avec son mari assistant à l’université. Cette réalité est conforme à celle que reproduit la coutume Congolaise.

La promotion de l’équité entre hommes et femmes est absente dans la plupart des familles. Certains hommes considèrent même leurs épouses comme des « moins hommes ». Parfois, ils s’octroient même le droit de s’en prendre à elles.

Le mari d’Alberte Simaba [son nom a été modifié], ne touche à rien, dit-elle « Il pense que c’est mon rôle de m’occuper de la maison, même si je suis malade et qu’il n’a pas travaillé de la journée. Il ne m’aide même pas à puiser un bidon de vingt litres d’eau.

C’est encore plus difficile maintenant que je suis enceinte, » confie Alberte, dont les voisins soupçonnent carrément le mari de violences conjuguales. L’article 446 du code de la famille spécifie pourtant que « si l’un des époux est malade ou empêché, l’autre doit assurer l’entière responsabilité du ménage. »

Le principe même d’un prix à payer par un garçon pour épouser une fille est discutable en matière d’égalité des sexes. Pourtant, l’article 361 du code de la famille spécifie que le mariage ne peut être célébré qu’après versement de la dot, ces biens remis à la famille de la mariée par celle du marié en guise de remerciement. Dans les faits, la dot est symbolique.

Certaines femmes pensent pourtant qu’elle justifie l’inégalité devant les tâches domestiques. « Mon mari peut m’aider à faire quelques travaux à la maison, mais je ne peux pas lui demander de service puisqu’il a versé une dot en m’épousant. L’homme est supérieur, » constate Rite Masika.

En zone rurale, à part les travaux des champs qui sont réalisés par les hommes et les femmes, les tâches sont clairement réparties. L’homme cherche à manger et la femme s’occupe du foyer.

« Une épouse ne doit pas demander à son mari de garder l’enfant quand elle fait la cuisine. Ce serait faire preuve d’impolitesse et d’insolence, » considère Hélène Ngalula, une femme âgée de Nyongera, en territoire de Rutshuru.

Ailleurs, ce sont les plus jeunes qui prennent en charge les tâches ménagères.

Dans des foyers plus modernes, l’épouse n’a pas besoin de solliciter le service de son conjoint pour en bénéficier. « Parfois mon mari me dit : aujourd’hui tu te reposes, c’est moi qui fais la cuisine, » témoigne Jemima Muteberwa, mariée depuis deux ans.

« Quand nous attendions notre enfant, mon mari s’occupait de faire la vaisselle, les achats et puiser de l’eau à son retour du travail, » Jemima et son conjoint « partagent des secrets, » ainsi qu’une relation amicale et amoureuse, ce qui contribue largement à l’harmonie d’un foyer relativement équitable.

La place des conjoints dans le foyer est paradoxalement définie par la loi Congolaise. En effet le code de la famille (article 444) dit : « Le mari est le chef du ménage. Il doit protection à sa femme et celle-ci lui doit obéissance ». Mais l’article suivant (article 445) dit « bien que le mari soit le chef du ménage, la femme a également une part d’activité que le mari doit lui reconnaître».

En tout état de cause, nulle mention d’égalité. « il n’y a pas de loi congolaise dédiée à la parité en RDC, » explique maître Yves Sindubaza de l’Organisation Non Gouvernementale (ONG) Dynamique des Femmes Juristes (DFJ).

Il y a une autre contradiction, poursuit l’avocat. Le code de la famille dit que la femme doit acquérir l’autorisation de son mari pour travailler, mais celui du travail, lorsqu’il a été révisé en 2002, a retiré l’article exigeant l’autorisation maritale. « A cause de cette ambivalence, la mésentente entre conjoints est inévitable, » s’exclame Yves Sindubaza.

Les mentalités évoluent. Le recrutement prend progressivement en compte les aspirations de la société congolaise à davantage de paritié.

« Une femme est aussi apte qu’un homme. Un employeur qui refuse un travail à une femme sous prétexte qu’en tant que telle elle n’est pas en mesure de l’accomplir se rend coupable de discrimination. Le sexe masculin ne doit pas être un critère de sélection des candidatures, » estime Antoinette Lukoo, chargée du genre à l’UNTC/Nord Kivu (Union nationale des travailleurs du Congo).

Le milieu professsionnel est particulièrement propice à la mise en place de mesures favorables à la parité. « Dans mon bureau, il y a une femme qui fait le même travail que moi. Cela ne me gêne pas. Certaines ont des meilleurs résultats que les hommes, » reconnaît Mutokambali Mbavu, chef d’avenue Maendeleo 1 du quartier Mugunga dans la ville de Goma.