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La quête éperdue des enfants perdus

March 20th, 2013 |

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Des centaines d’enfants de six mois à seize ans ont perdu la trace de leurs parents suite au conflit qui a opposé le groupe rebelle du Mouvement du 23 mars, M23, aux forces gouvernementales dans la ville de Goma, au Nord Kivu, à partir du 20 novembre 2012. Si le processus aboutissant aux retrouvailles entre ces petits et leurs parents est souvent long et parfois difficile, il a déjà permis de nombreuses réunifications.

 

De mi-novembre à début décembre 2012, le Comité International de la Croix Rouge, CICR, a enregistré trois cents enfants et a réussi à en rendre plus de la moitié à leurs familles. « A la fin de l’année, nous avions déjà procédé à 158 réunifications. Nous poursuivons ce travail. »

En attendant de retrouver leurs familles respectives, ces enfants dits « non accompagnés » sont dirigés par des organisations humanitaires vers des sites de déplacés situés dans un rayon de 80 kilomètres autour de Goma : Mugunga I, II et III, Lac vert, Bulengo, Bweremana, ou le camp de Lushebere dans le Masisi. Les plus petits sont placés dans des familles d’accueil, sélectionnées et assistées par ces organisations.

 

Les agents des organismes chargés de réunir les familles encouragent les enfants perdus à s’armer de patience. « Suite aux déplacements fréquents des populations, et au traumatisme dont souffrent certains enfants, les recherches peuvent prendre du temps, » explique Jeannot Kasa de l’ONG Children’s Voice.

 

Les agents du CICR démarrent leur enquête dans les sites de déplacés. Ils y enregistrent les enfants après les avoir identifiés au moyen d’un questionnaire visant à préciser le nom des parents, du village, ou à défaut d’une notoriété locale. Ce questionnaire sert de base aux recherches. « Nous demandons à chaque enfant de nous raconter son histoire, car c’est lui qui oriente notre enquête. Nous ne sommes que des intermédiaires. Une fois la famille retrouvée, nous le raccompagnons dans son village, » explique Rita Palombo, responsable des activités de protection de l’enfance pour le CICR.

Le regroupement peut toutefois être retardé, voire compromis, si certaines conditions ne sont pas réunies. « Le CICR doit être certain que les conditions du milieu familial permettent le retour de l’enfant, » complète Rita Palombo. D’abord, la sécurité.

Au camp des déplacés de Mugunga, à une dizaine de kilomètres au sud-ouest de Goma, des dizaines d’enfants comme Olivier attendent un signe de leurs proches. Le jeune homme de seize ans, originaire de Kalengera, un village du territoire de Rutshuru, a perdu la trace des siens il y a deux mois. « J’étais en train de jouer au football avec des amis, quand nous avons entendu des coup de feu. Nous sommes vite rentrés au village, mais mes parents étaient plus là. Alors, je me suis dirigé vers le camp de Kanyarucinya, et de là, je suis arrivé ici à Mugunga où une vieille dame de mon village a bien voulu me loger. Le PAMI m’a enregistré pour m’aider à rentrer à la maison, » raconte Olivier.

Le PAMI (Programme d’Appui à la Lutte contre la Misère), une organisation partenaire de l’UNICEF, a par la suite appris à Olivier que sa famille était rentrée au village, mais qu’il ne pouvait pas encore s’y rendre à cause de l’insécurité qui régnait toujours là-bas.

Les recherches sont souvent ralenties, en effet, par l’insécurité qui persiste dans les villages d’origine des enfants. « Nos équipes ne sont en mesure de faire des recherches que si les agents du CICR peuvent mener leurs propres recherches sur le terrain et s’il est possible de faire le voyage avec les enfants. Vue l’instabilité actuelle, il est difficile de planifier le travail et d’obtenir les résultats que nous pourrions escompter en période d’accalmie, » admet Rita Palombo.

 

Les organisations cherchent aussi à savoir si la famille veut reprendre l’enfant et si l’enfant, de son côté, veut bien rentrer chez lui. « Il arrive qu’un jeune refuse de rentrer dans sa famille à cause des conditions de vie difficiles qu’il y a connu, » explique Rita Palombo. « Dans ce cas, nous nous orientons vers une deuxième personne choisie par lui, un membre de sa famille élargie par exemple. Nous veillons à ce que tout se fasse dans l’intérêt de l’enfant. »

 

La réunification familiale repose sur les indications données par l’enfant à propos de son entourage. Mais, parce qu’ils sont trop petits, ou traumatisés, certains ne peuvent pas parler. Alors, ils sont pris en photo par les agents qui les affichent dans les sites de déplacés, afin qu’un parent ou qu’un proche puisse le reconnaître et se manifester.

 

Le CICR a mis en place un autre système pour renforcer l’efficacité des recherches : le message croix rouge. Chaque parent ayant perdu son enfant peut lancer un avis de recherche diffusé par les radios partenaires du CICR. Ce mécanisme permet de retrouver les enfants qui n’ont pas été enregistrés ou de localiser les familles de ceux qui n’ont pas su donner assez d’éléments.

Grâce aux messages radiophoniques et à l’affichage des photos, Children’s Voice est ainsi parvenu à retrouver les parents d’une trentaine d’enfants, malgré certaines contraintes détaillées par Jeannot Kasa. « Notre organisation a recueilli plus de cent enfants, tous âges confondus. Il était difficile d’aider les petits qui ne connaissaient pas le nom de leurs parents  car au Congo, la tradition veut qu’on désigne souvent ceux-ci par le prénom de leurs enfants, comme « maman Héritier » par exemple. Là, les avis de recherche se sont révélés fort utiles, » explique Jeannot Kasa.

 

La réunification devrait encore prendre un certain temps, car la sécurité n’est pas encore rétablie dans un certain nombre de villages d’où sont arrivés ces enfants. Et le M23 continue d’occuper le territoire de Rutshuru, en attendant l’aboutissement des négociations avec le gouvernement congolais.